2013: l’année Alaïa

By on 17/11/2013

Alaïa, robe bustier, couture PE 2003 Bustier de cuir moulé et jupe en taffetas Archives personnelles de Monsieur Alaïa © Patrick Demarchelier

Pour la réouverture du Palais Galliera après plusieurs années de travaux, il était évident d’exposer l’œuvre d’un couturier hors du commun. Le choix s’est bien sûr porté sur un génie de la création qui a su inventer son propre style : Azzedine Alaïa.

Exposition Alaïa Palais Galliera

C’est en 1979 que, poussé par Thierry Mugler, Azzédine Alaïa  présente sa première collection griffée, alors qu’il avait déjà séduit de nombreuses clientes et personnalités légendaires comme Louise de Vilmorin, Arletty ou Greta Garbo par son sur mesure. Il se fait remarquer par son travail du cuir qu’il travaille comme une seconde peau sensuelle, le jersey et le stretch dont sa technique rappelle l’Ecole des Beaux-Arts de Tunis où il étudia la sculpture. Les zips tracent leur chemin autour des robes, les œillets percent les manteaux, les piqûres soulignent le galbe des tailleurs. Alaïa modèle le corps avec les étoffes comme un sculpteur.

Il est un des rares couturiers à maîtriser toutes les étapes de la réalisation d’un vêtement, traçage de patron, dessin à même la toile des formes et des volumes qu’il a en tête. Il coupe, coud et dompte les tissus comme personne. Par sa technique il a révolutionné la mode en inventant de nouvelles morphologies par le simple jeu de coutures complexes. Ses créations sont tellement avant-gardistes qu’elles en deviennent intemporelles.

C’est au cours de ses études aux beaux-arts de Tunis, qu’il suit à l’insu de son père, qu’Azzedine Alaïa exécute ses premiers travaux de couture chez une couturière de quartier afin de financer ses études. Il est rapidement engagé chez Madame Richard, une couturière française qui achète des patrons de haute couture de Paris pour les dupliquer pour de riches clientes tunisiennes. C’est la mère de son amie, Leîla Menchari, aujourd’hui créatrice des vitrines Hermès, qui le pousse à s’installer à Paris.

1960 lui apporte une rencontre importante, celle d’Arletty qu’il habillera par la suite.

1961, il est engagé dans les ateliers de Guy Laroche. Il y reste deux ans puis décide de travailler seul.

Vers 1962-63, il rencontre l’auteur Louise de Vimorin, avec qui il noue une grande amitié et pour qui il crée de nombreuses tenues sur mesure.

1964, il s’installe au 60, rue de Bellechasse à Paris  et commence à exercer son activité de couturier pour une clientèle privée.

1971, il rencontre et habille Gréta Garbo

1978, il collabore avec plusieurs maisons de prêt-à-porter en qualité de créateur.

1979, Thierry Mugler rend hommage à Alaïa pour l’avoir aidé à confectionner la série des smokings  qui clôture son défilé. Parmi les rédactrices de mode les plus influentes, Melka Tréanton et Nicole Crassat sont les premières à croire en lui et à révéler son talent. A l’invitation d’Alain Bernardin, il réalise les costumes des vingt-trois danseuses du Crazy Horse.

1981, il présente sa première collection à la presse dans son atelier rue de Bellechasse. C’est un engouement généralisé de la presse féminine et le Women’s Wear Daily décide d’un shooting avec le photographe Bill Cunninghan et les  grandes rédactrices, Nicole Crassat, Brigitte Langevin et Carlyne Cerf habillées des modèles Alaïa.

Les thèmes de cette collection P/E 1981 sont cuir ou ciré perforé d’œillets métalliques, jupes lacées sur les reins, zips métalliques qui courent de l’encolure à l’ourlet, tailleurs structurés et moulants travaillés dans le cuir.

1982, il est invité par le grand magasin Bergdorf Goodmann à présenter un défilé à New-York. La même année, il réalise des modèles en exclusivité pour les 3 Suisses.

1983, premier défilé officiel d’Alaïa en France dans son atelier.

1984, il déménage au 17, rue du Parc Royal dans un hôtel particulier décoré par Andrée Putman.

1985, il reçoit deux Oscars de la Mode à Paris et défile la même année au Palladium de New-York avec Jean-Paul Goude à la direction artistique et est célébré au CAPC de Bordeaux où ses créations sont exposées avec des sculptures de Dan Flavin. Il réalise également la plupart des costumes de Grace Jones pour le James Bond « Dangereusement Vôtre » de John Glen.

1986, Azzedine Alaïa fait défiler pour la première fois Naomie Campbell, alors agée de 16 ans, dans des robes fourreaux à traînes en bandelettes de jersey enserrant le corps, inspirées des momies égyptiennes.

1987, il acquiert au 18, rue de la Verrerie d’anciens entrepôts du BHV, qui deviennent son lieu d’habitation, son atelier et sa première boutique Parisienne décorée par le peintre Julian Schnabel.

1988, ouverture de la première boutique Alaïa à New-York. C’est à cette époque qu’il décide qu’il ne présentera  plus dans les dates officielles du calendrier de la Chambre Syndicale, mais à son rythme et toujours sous la verrière de sa maison.

1989, il crée, pour le bicentenaire de la Révolution, mis en scène par Jean-Paul Goude, une robe drapée aux couleurs du drapeau français portée par Jessye Norman.

1991, il réalise pour Tati un sac, un tee-shirt et une paire d’espadrilles aux couleurs de l’enseigne vichy rose et blanc.

1995, création des costumes de Carolyn Carlson pour le ballet » Vue d’ici » présenté au théâtre de la ville de Paris.

En 1996, la ville de Florence lui consacre une rétrospective au Palazzo Corsini, suivie d’une exposition avec des peintures de Julian Schnabel à la Biennale de la Mode. Il crée, à la demande de Vuitton pour le centenaire de la marque, une série d’accessoires dont un sac qui marie fausse panthère au cuir monogrammé.

Sac Louis Vuitton par Alaïa 1996

1997-98, une rétrospective lui est dédiée au Groninger Museum au Pays-Bas, dans laquelle, ses modèles côtoient les œuvres de Pablo Picasso, Jean-Michel Basquiat, Anselm Kiefer, Christophe von Weyhe, Julian Schnabel, Andy Warhol ou César.

2000, Le groupe Prada entre au capital de sa société. Les créations d’ Azzedine Alaïa sont exposées avec les toiles d’Andy Warhol au Guggenheim Museum de New-York

2007, changement de groupe, Azzedine Alaïa décide de s’associer au groupe Richemont.

2011, nouvelle exposition «  Azzedine Alaïa au XXIè siècle » au Groninger Museum.

2013,  il réalise les costumes du ballet « Les Nuits » d’Angelin Preljocaj, pour le festival de danse de Montpellier, ainsi que ceux de l’opéra « Les Noces de Figaro », mis en scène par Christophe Alden au Los Angeles Philharmonic.

18 novembre 2018: mort d’Azzedine Alaïa à Paris.

Devant son parcours hors du commun, il était donc une évidence pour Galliera de lui consacrer  cette rétrospective.

Exposition Alaïa Palais Galliera

Les robes d’exception d’Alaïa sont exposées dans une scénographie confiée au designer Martin Szekely, sur des structures transparentes leur donnant une impression de lévitation.

Exposition Alaïa Palais Galliera

L’exposition est construite en deux temps avec une suite dans la salle Matisse du Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris. Les robes poursuivent ce dialogue  avec l’art, si cher au couturier, par une Installation où elles côtoient les compositions de Matisse, la « Danse ou Lutte des Nymphes » (1931) et la « Danse Inachevée » (1931-33) ainsi que les murs de peintures (1995) de Daniel Buren mettant ainsi en valeur la pratique artistique et la mise en avant de leurs affinités créatives.

Exposition Alaïa Salle Matisse

Exposition Alaïa Salle Matisse

Pour les amoureux des beaux livres, un ouvrage écrit par le célèbre historien de la mode, Olivier Saillard, aux Editions Paris Musées permet d’apprendre la vie du couturier et de découvrir des clichés de ses créations portées par les plus grands tops models et shootés par les photographes de renom.

Alaïa par Olivier Saillard aux Editions Paris Musées

Robes Alaïa Photographie publiée dans ELLE France, n° 2303, 26 février 1990 © Gilles Bensimon

Alaïa par Olivier Saillard aux Editions Paris Musées : 34€

Pour les  « addict » du style Alaïa, autre excellente nouvelle, l’ouverture de sa nouvelle boutique Parisienne dans le quartier de la haute couture, à deux pas de l’avenue Montaigne. Cette nouvelle adresse prestigieuse propose l’intégralité des collections, des chaussures, en passant par la maroquinerie au prêt-à-porter sur 4 niveaux pour une superficie de 13OOm2. L’ambiance épurée futuriste et lumineuse des lieux met en évidence les pièces du maître pour un shopping tout en raffinement.

Entrée Boutique Alaïa rue de Marignan paris

Boutique Alaïa Rue de Marignan

Boutique Alaïa Rue de Marignan

Boutique Alaïa : 5 rue de Marignan Paris 8

Exposition Alaïa : du 28 septembre au 26 Janvier 2014. Palais Galliera de la Mode de la Ville de Paris : 10, avenue Pierre 1er de Serbie, Paris 16.

Ouvert du Mardi au Dimanche de 10h à 18h, sauf jours fériés- Nocturne le Jeudi jusqu’à 21h.

Billet d’entrée : Plein tarif : 8€ / Tarif réduit : 6€ / Tarif jeune (14-26ans) : 4€ / Gratuit moins de 14 ans.

L’exposition se prolonge au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris dans la Salle Matisse : 11, avenue du Président Wilson Paris 16, aux mêmes jours et horaires. Accès gratuit.

Frédéric Blanc

About Fred

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *