Haute couture automne-hiver 2017-18 entre modernité et tradition

By on 05/08/2017

Les collections de haute couture sont traditionnellement à destination des femmes qui cherchent des tenues du soir. Cependant, pour celles qui aiment le summum de l’art en matière de mode, le sur-mesure ne se limite pas aux grandes occasions, mais également au quotidien avec des pièces de jour afin de rester unique à chaque moment de la vie.

 

En effet, aujourd’hui les défilés de haute couture n’ont plus comme but de proposer des garde-robes aux clientes, mais plutôt une immense vitrine publicitaire afin d’habiller les stars du show-business sur les tapis rouges du monde entier pour faire rêver le grand public pour qu’il achète les produits dérivés. Ce système a engrangé des collections entièrement composées de robes de princesse hors du temps au détriment de réelles collections de mode.

Heureusement, sur les 21 maisons labélisées haute couture on note que Jean Paul Gaultier n’a pas perdu « l’enfant terrible de la mode » qui sommeille en lui avec sa collection bien encrée dans notre époque. Il nous invite à un voyage surréaliste entre l’Inde et Megève, Courchevel ou Aspen pour lequel il imagine un dressing idéal pour les fêtes de fin d’année à la montagne. Si les techniques couture sont bien présentes, les vêtements conçus pour chaque moment de la journée, restent portables et d’une élégance incomparable. Le couturier prouve de saison en saison qu’il est le digne héritier d’Yves Saint Laurent qui savait habiller les femmes avec justesse, avant-gardisme sans jamais les déguiser, et cela même dans l’exubérance.

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Alexandre Vauthier fait partie de la nouvelle génération qui a compris que les clientes d’aujourd’hui sont jeunes, belles et sexy et qu’elles n’ont pas peur de le montrer. Son show, complètement inspiré de la grande époque des défilés des années 80/90 avec des filles qui faisaient rêver dans des tenues glamour où il était de bon ton de montrer que l’argent n’est pas vulgaire, mais un bon moyen de s’amuser. Il n’hésite pas à désacraliser l’institution de la couture en plongeant l’assistance dans l’ambiance d’un club 55, où même si les tenues sont en majorité pour le soir, elles sont tellement d’une incroyable modernité, que l’on a envie de toutes les posséder. Alexandre Vauthier est l’inventeur de la haute couture contemporaine.

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Si un couturier n’a jamais fait de concession au système, c’est bien Azzedine Alaïa. Toujours en marge des autres, il a présenté le 5 juillet, en petit comité, son dernier opus en restant fidèle à son style. Son seul but étant d’habiller et mettre en valeur le corps des femmes comme le ferait un sculpteur.

Bien qu’également reconnu pour ses souliers, il a souhaité rendre hommage à Salvatore Ferragamo, en commandant à la maison Florentine, le mythique modèle bottes-escarpins « Indiana », créé en 1925, afin d’accessoiriser certaines robes de son défilé.

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Donatella Versace pour Atelier Versace a décidé, depuis la saison dernière, de stopper les défilés pour sa ligne prémium, au profit de rendez-vous avec la presse et les clientes pour présenter ses créations. Partie du principe, qu’une cliente couture souhaite acquérir des pièces uniques surtout pas des robes portées gratuitement par des people, lors des événements mondains, la créatrice a choisi de dévoiler qu’une partie de ses tenues à la presse, afin de garder le mystère sur celles destinées aux clientes et promettre l’exclusivité aux réelles acheteuses.

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La collection allie des pièces de cocktail à la grâce des robes du soir d’une ultra modernité, même si l’inspiration principale puise sa genèse dans la période médiévale. Femme forte, guerrière des temps modernes, le métal est omniprésent dans les pièces, comme dans les combinaisons brodées d’écailles dégradées du bronze antique au blanc ressemblant à des armures moulées sur le corps.

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On découvre de nouveaux volumes, comme sur une mini robe en cuir antique doré à manches longues et aux épaules puissantes grâce à des basques concentriques au niveau des hanches accentuées par des pièces de métal, ou encore sur un manteau en fourrure sculptée pour former des manches volumineuses. Il est composé d’un patchwork de vison et de renard australien formant des lignes sinueuses spectaculaires.

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Parce que la haute couture se doit également d’être à la pointe des dernières technologies, l’impression 3D fait son entrée dans les créations maison pour la création de colliers, de ceintures serpents et de pièces métalliques.

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Depuis l’arrêt des défilés, Atelier Versace a renoué avec l’esprit maison. Le sexy reste la base de la création allié à un style avant-gardiste mixant savoir-faire et modernité pour embellir celles qui portent les créations maison.

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La direction de Schiaparelli ayant pour le moment mis en sommeil la ligne de prêt-à-porter, Bertrand Guyon intègre des pièces de jour à sa collection haute couture, afin de répondre à la demande des clientes adeptes de sa mode décalée mélangeant l’esprit avant-gardiste et arty d’Elsa Schiaparelli à sa vision d’un luxe moderne à porter au quotidien.

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A partir du milieu des années 1930, Elsa Schiaparelli a été l’une des premières créatrices à utiliser les cristaux Swarovski dans ses broderies haute couture. Aujourd’hui, il était tout à fait logique que ces deux grands noms collaborent à nouveau, avec la création d’une robe. Pour la première fois, depuis la création du crystal Fine Mesh, il est utilisé comme un véritable tissu, rehaussé d’une broderie de cristaux 3D.

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Atypique et inclassable Maurizio Galante présente quand il a vraiment quelque chose à dire. Défiler pour défiler est un concept impossible pour cet artiste aux talents multiples. S’il a choisi l’enceinte du OFF Paris Seine Hôtel, le premier hôtel flottant sur la Seine, pour présenter ses créations inspirées du dragon où l’architecture est au premier plan, ce n’est pas au hasard, étant également le décorateur de deux suites et des espaces publics.

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Dans le même esprit, on retrouve Adeline André qui a choisi de présenter une fois par an seulement au lieu des deux imposées par la Fédération de la Haute Couture et de la Mode. Loin d’être une novice en matière de performance pour dévoiler ses collections, elle récidive cette saison en jouant sur la transformation du vêtement, se mettant elle-même en scène pour aider aux changements des mannequins. Il en résulte un des moments forts de cette semaine où les vêtements impeccablement coupés ont la première place, sans une débauche de moyens où pourtant il se dégage ici une réelle émotion.

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Franck Sorbier est également un adepte des shows spectacles. Dans un autre style, il mélange danse et défilé. Il s’inspire de l’élégance des années d’après- guerre pour une mode intemporelle. Il clôture, comme depuis trois saisons, par un cortège de petites princesses en herbes arborant des robes de fées comme rêvent toutes les fillettes.

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Pour les 10 ans de sa maison, Stéphane Rolland, a invité l’assistance à un concert privé à l’Opéra Bastille pour dévoiler un condenser de sa mode architecturale, où même les lignes les plus simples sont d’une complexité hors paires grâce au travail de ses ateliers. Puriste, il propose des tenues en noir et blanc avec des touches d’or et une somptueuse robe rouge. Si au premier abord, l’ensemble parait austère par des lignes rigoureuses, il n’en est rien, le corps joue sans cesse à cache-cache avec des jeux de transparences, de fentes, de découpes pour faire de la femme volontaire une séductrice décisionnaire et non soumise.

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Stephane_Rolland_HC_AH_2017-18

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Pas de défilé pour Alexis Mabille qui a opté pour une présentation statique dans le somptueux décor de l’hôtel d’Evreux. Il revisite les basiques du soir pour les adapter à des jeunes femmes qui ne souhaitent pas ressembler à leur mère lorsqu’elles doivent s’habiller pour les grandes occasions. Le style Mabille est bien là et se reconnaît au premier coup d’œil.

 

Comme un retour aux sources pour Julien Fournié qui reprend la délicatesse de sa toute première collection couture avec des tons neutres, noir, nude et or ainsi que des formes beaucoup plus douces. Si l’on retrouve les coupes Fournié, l’ensemble est beaucoup plus moderne qu’à l’accoutumer, même si les effets de décolletés vertigineux ont disparu. Il s’adresse à une femme plus sûre d’elle, qui n’a rien à prouver. Les ensembles de jour sont idéaux pour des business woman, ceux du soir ne sont pas tape-à-l’œil et pourtant parfaits pour se faire remarquer avec élégance.

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Elie Saab, nous invite à un voyage dans le temps, à l’époque médiévale, revisitée par ses soins avec des reines conquérantes. Entre modernité et passé, la collection joue sur les contrastes. Si les bases restent classiques, le couturier apporte la modernité par l’introduction de nouvelles formes en jouant sur les opposés comme des lignes strictes, contre balancées par la fluidité ou sur la douceur d’une fourrure transformée en armure protectrice. Si les reines d’Elie Saab sont des guerrières, elles demeurent des femmes romantiques. Les broderies sont leurs nouveaux blasons.

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Giorgio Armani Privé reste fidèle à son style stricte et architectural dans lequel les influences masculines rencontrent les féminines. Pour l’occasion, le Maestro a choisi de transformer la salle du Palais de Chaillot en recréant le décor du Palais Orsini à Milan, le siège des ateliers.

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Pour Dior, Maria Grazia Chiuri continue son investigation des archives de la maison pour continuer l’œuvre du maître. Aux premiers abords simples et faciles à porter, les pièces sont en fait le résultat hors paires des ateliers parisiens capables de réaliser n’importe quelle demande avec une minutie incomparable. Elle rend hommage à l’incomparable New Look, qu’elle revisite façon 2017 dans un dégradé de gris, coloris préféré de Dior.

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Impossible de clôturer sans mentionner l’extraordinaire show Chanel qui a eu lieu sous une reproduction de la Tour Eiffel, d’une hauteur de 36 mètres, dont le sommet disparaissait dans des nuages de neige carbonique sous la coupole du Grand Palais. A ses pieds, un jardin public typiquement parisien avec ses chaises en métal vert.

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En ce qui concerne la collection, Karl Lagerfeld donne la part belle au tweed épais pour l’hiver avec de nombreuses propositions de manteaux et de tenues de jour.

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Les tenues de cocktails et de soir occupent les trois quarts de la collection avec des robes aux riches broderies, où une importance toute particulière est apportée aux épaules et aux manches avec des incrustations de plumes de coq et de paon.

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Le fil rouge de la collection réside dans des bottines et des cuissardes vernies qui apportent modernité à l’ensemble.

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Frédéric Blanc

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