Les savoir-faire liés au parfum en Pays de Grasse sur la liste de l’Unesco

By on 20/12/2016

Les savoir-faire liés au parfum en Pays de Grasse font l’objet d’une candidature française 2017/2018 sur la liste du Patrimoine Immatériel de L’Humanité. 

La cueillette des roses chez Madame Aime @Alain Issock

La cueillette des roses chez Madame Aime @Alain Issock

Un peu d’histoire

Dès le XIVe siècle, la tannerie est l’activité principale du Pays de Grasse. Au XVIIe siècle, elle se renforce avec la mode des cuirs parfumés venue d’Italie. La corporation des gantiers-parfumeurs est créée. Les gantiers sont approvisionnés en huiles essentielles par les paysans, qui distillent sur place les plantes aromatiques sauvages. Une collaboration vivace aujourd’hui encore. Au milieu du XVIIIe siècle, la ganterie disparaît au profit de la parfumerie. Les matières premières naturelles sont traitées en usine, supplantant une tradition de distillation sur les lieux de culture dans des alambics familiaux. Dans la première moitié du XXe siècle, la culture des plantes à parfum connaît son apogée. C’est à cette époque que l’usine Chiris crée des filiales exportant les savoir-faire locaux en matière de culture des plantes à parfum et de traitement des matières premières naturelles. Parallèlement, des recherches sur les plantes à parfum sont lancées dans le jardin d’essais créé à Grasse en 1927. En 1932, il est repris par l’INRA d’Antibes et la Chambre d’agriculture des Alpes-Maritimes jusque dans les années 1980. Depuis les années 1970, la transmission de la culture de plantes à parfum est fragilisée du fait de la mondialisation. Face à la menace de disparition de ce savoir-faire, les cultivateurs du Pays de Grasse s’appuyent sur la coopérative Cooparfum pour vendre leur production aux usines du Pays de Grasse et en se regroupent en associations. Depuis les années 2000, une vision nouvelle des modes de production de matières premières naturelles ainsi que l’amorce d’un travail de conservation d’un patrimoine végétal menacé se met en place. Aujourd’hui, 40 hectares de plantes à parfum sont cultivés dans le Pays de Grasse par des agriculteurs soucieux de transmettre leurs savoir-faire.

La culture des plantes à parfum

Trois fleurs emblématiques y sont cultivées depuis le XVIIe siècle : rose, jasmin, tubéreuse, auxquelles s’ajoutent la violette, la fleur d’oranger, le mimosa et l’iris. La spécificité du Pays de Grasse repose sur des terroirs différents rassemblant trois critères fondamentaux : les sols, les climats et les savoir-faire. A chacune des plantes correspond un terroir, des zones et des quartiers de production. Le cultivateur sélectionne les plants en fonction de leurs qualités olfactives et veille à leur développement. Il décide du début de la cueillette en fonction de la maturité des fleurs. La cueillette des fleurs est manuelle, essentiellement réalisée par des femmes (les hommes travaillant dans les usines). Elle requiert un savoir-faire que les cueilleuses et cueilleurs ont appris de leurs ascendants et transmettent aux jeunes générations : horaires de cueillette pour obtenir une odeur parfaite, techniques pour ne pas abîmer la plante, utilisation du tablier ou du panier en fonction de la fragilité de la fleur…

Un champs de fleurs avant la cueillette @Alain Issock

Un champs de fleurs avant la cueillette @Alain Issock

La connaissance des matières premières naturelles et leur transformation

La connaissance des matières premières naturelles commence dès les champs, où cueilleuses et cueilleurs, cultivateurs, courtiers évaluent, en les comparant, les qualités olfactives des récoltes. Elle se poursuit dans les ateliers, où le contremaître se charge de noter quotidiennement les rendements de chaque plante. Au début du XXe siècle, avec le développement de la chimie de synthèse et l’avènement de nouvelles techniques d’extraction, le besoin s’est fait sentir de rationaliser ces informations recueillies via la publication d’études sur la constitution chimique des substances naturelles. La transformation des matières premières présente les actes techniques de fabrication d’essences odorantes entrant dans la composition des parfums. Elle comprend l’invention et la réalisation de l’appareillage nécessaire à la mise en oeuvre de ces procédés. Chaudronniers, et auparavant layetiers et ferblantiers locaux, ont été impliqués dans la constitution de ce savoir-faire. Le bassin Grassois a contribué, au XVIIIe siècle, à la promotion des produits obtenus grâce à ces procédés et ce matériel ; puis, au cours des XIXe et XXe siècles, il a oeuvré à leur amélioration. Cette région demeure, aujourd’hui encore, la référence en matière de production d’extraits odorants. La parfumerie du Pays Grassois s’est adaptée aux progrès scientifiques. Aux techniques historiques d’extraction -la distillation par vapeur d’eau et l’enfleurage aux corps gras- se sont ajoutées d’autres méthodes. Dès le début du XXe siècle, l’extraction par solvants volatils ainsi que le fractionnement et la composition de bases parfumantes ont enrichi la palette des parfumeurs tout en maintenant le recours à des extraits d’origine naturelle. Car l’apparition (durant les années 1900) d’une industrie de production d’extraits synthétiques, aurait pu sonner le glas de l’industrie dite du naturel.

Après la cueillette des fleurs @APVPG

Après la cueillette des fleurs @APVPG

Le patrimoine lié au parfum constitue un élément identitaire du territoire et de ses habitants. Il est gravé au coeur de la vie quotidienne des populations, à l’occasion de fêtes, rituels, repas familiaux, événements locaux et même à l’occasion de cueillettes. Ce patrimoine, au sein d’un paysage olfactif souvent menacé par la pression foncière ou l’exode rural, célèbre ces fleurs emblématiques en toute saison.

La cueillette des roses @Alain Issock

La cueillette des roses @Alain Issock

Une candidature née en 2008/2009

Avril 2014 : entrée à l’inventaire du Patrimoine Culturel Immatériel de la France,
Mars 2015 : dépôt officiel auprès de l’UNESCO du dossier de candidature,
Novembre 2015 : rencontre «Les savoir-faire liés au Parfum en Pays de Grasse et dans le Monde» sous le Haut-Patronage de Gérard Larcher, Président du Sénat, avec le témoignage de 28 praticiens liés au parfum, membres de l’Association Patrimoine Vivant du Pays de Grasse, en présence du Maire de Grasse et de diplomatiques étrangères de l’UNESCO.
Novembre 2016 : sur décision de Madame Audrey Azoulay, Ministre de la Culture et de la Communication, annonce de la candidature officielle de la France pour le cycle 2017/2018.
Printemps 2017 : visite d’experts de l’UNESCO avec rencontre in situ avec les praticiens liés au parfum et les populations grassoises durant la saison de récolte de la Rose Centifolia.

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